Les urnes ont parlé, les meetings se sont tus, et le protocole officiel s’installe. Au Bénin, à l’approche de l'investiture de Romuald WADAGNI, un sentiment de "devoir accompli" semble gagner les consciences : l’électeur a choisi, le citoyen se retire. Pourtant, c’est précisément ici que gît le plus grand malentendu de notre démocratie. Penser que le bulletin de vote est l’acte final du citoyen est une erreur stratégique.

 

En tant que juriste et consultant en Affaires publiques, mon constat est sans appel : si le vote donne la légitimité, seul le contrôle citoyen garantit l’efficacité. Le bulletin de vote n’est pas un chèque en blanc, mais le début d’un contrat de performance dont chaque Béninois est, de droit, le superviseur. Et c'est précisément au nom de cette veille citoyenne positive, et après avoir soutenu la vision du nouveau Chef de l'État, qu'il nous appartient d'analyser l'ingénierie de notre futur appareil d'État. Face au défi de l'extrême pauvreté que poursuit le Président Romuald WADAGNI et que la promesse phare des 6 pôles de développement territorial se concrétise, l'exécutif doit se doter d'une véritable force de frappe gouvernementale : un Ministère des Régions et de la Compétitivité Territoriale.

 

*1. Le socle juridique : Le citoyen n'est pas un spectateur, mais l'actionnaire de l'État*

 

La passivité post-électorale n’est pas une fatalité légale, elle est une démission civique. Notre arsenal juridique, de la Constitution aux lois sur la décentralisation, offre au citoyen des outils de veille bien plus puissants qu'il ne l'imagine. En vertu du principe de la redevabilité, tel qu’il découle de la souveraineté nationale (article 3 de la Constitution du Bénin), nos élus ne sont pas des mandataires déconnectés, mais des gestionnaires de comptes.

 

Qu'il s'agisse des articles 73 et 77 de la loi sur la décentralisation consacrant la publicité des sessions du conseil communal, ou des articles 39 et 40 de la Charte nationale sur la gouvernance locale érigeant la reddition de comptes en obligation, le droit béninois donne au contribuable le pouvoir d'auditer l'action publique. Cette obligation s'enracine dans le droit fondamental des citoyens de s'informer (article 15 de la DDHC et article 9 de la Charte africaine des droits de l'homme et du peuple).

 

Le souverain ne doit pas dormir entre deux scrutins : il observe, il interroge et il exige. C’est fort de ce droit constitutionnel que nous devons aujourd'hui questionner l'architecture institutionnelle qui portera le projet présidentiel pour une bonne réussite du septennat qui s'ouvre ce dimanche 24 mai.

 

*2. L'efficacité administrative : En finir avec la dilution des compétences*

 

Le diagnostic du projet de société « Plus loin ensemble » est implacable. Du pôle touristique à l’écosystème industriel passant passant par l'innovation, le Bénin veut rompre avec le centralisme économique pour rentabiliser ses territoires. Cependant, l’histoire des politiques publiques nous enseigne qu’une grande vision comme celle-ci mais sans un véhicule institutionnel adapté risque l'enlisement.

 

Par nature, un pôle de croissance est transversal : il exige de coordonner simultanément l'aménagement du territoire, l'implantation d'industries, la valorisation touristique et le déploiement du numérique. Si cette feuille de route est fragmentée entre quatre ou cinq ministères classiques, le projet s’enlisera inévitablement dans des arbitrages bureaucratiques sans fin. En droit administratif, la dispersion des compétences engendre la lenteur.

 

Un Ministère des Régions agira comme un ordonnateur unique et une véritable force gouvernementale. Ce portefeuille sera le garant de l'agilité de l'État : un interlocuteur unique pour décider vite et exécuter fort, en parfaite adéquation avec la culture de performance prônée par le président Romuald Wadagni.

 

*3. La clarté légistique : Valoriser les régions sans fragiliser les communes*

 

Une crainte classique pourrait surgir : ce nouveau ministère va-t-il dépouiller nos maires de leurs prérogatives ? La réponse est résolument non. Le cadre légal béninois, consolidé par les réformes récentes de notre Constitution, sanctuarise la commune comme la collectivité locale de base. L'érection d'un Ministère des Régions ne vise pas à créer une nouvelle couche administrative étouffante ou politique, ce qui nécessiterait une lourde révision constitutionnelle.

 

Il s’agit ici d'une démarche de déconcentration économique stratégique. Ce ministère sera l'enveloppe juridique permettant à l'État central d'injecter des investissements massifs dans des zones intercommunales (les 6 pôles), tout en respectant l'autonomie de gestion des élus locaux. Il fera le pont institutionnel entre la vision macroéconomique de la Présidence et les réalités de terrain des municipalités, transformant la décentralisation administrative en une décentralisation de prospérité.

 

*4. La compétitivité territoriale : Un arsenal juridique sur mesure pour les investisseurs*

 

Attirer des géants industriels dans le Borgou ou des investisseurs touristiques majeurs dans l'Atacora et dan les autres regions exige plus que de simples intentions. Le secteur privé international recherche de la sécurité, de la flexibilité et des incitations claires. Pour que chacun des 6 pôles devienne compétitif à l'échelle sous-régionale, le droit commun ne suffira pas.

 

La mission cruciale de ce ministère sera légistique : concevoir et porter en Conseil des ministres des textes réglementaires d'exception. Qu'il s'agisse de créer des zones franches régionales, de sécuriser des réserves foncières industrielles ou de structurer des partenariats public-privé localisés, seule une autorité ministérielle de plein exercice aura le poids nécessaire pour doter rapidement chaque région de ses propres leviers d'attractivité.

 

*Après le 24 mai : Le rendez-vous de l'action constructive*

 

Passer de l'indignation de salon à l'action constructive exige une méthodologie rigoureuse. C'est le sens de cette proposition. La qualité de notre démocratie ne se mesure pas au nombre de bulletins dans l'urne le jour du vote, mais à la pertinence des questions posées et des solutions apportées par les citoyens le lendemain.

 

La promesse des 6 pôles de développement territorial n’est pas une simple réforme de plus ; c’est le contrat de confiance économique du président Romuald Wadagni avec le peuple béninois. Pour que ce pacte de prospérité se concrétise dans le quotidien de nos concitoyens, de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud, l’audace politique doit s’accompagner d’une audace institutionnelle, surveillée et nourrie par des citoyens éveillés.

 

Le Ministère des Régions ne sera pas une administration de gestion, mais un véritable incubateur de croissance pour le pays. Pour que le mandat qui s'ouvre ce 24 mai soit une réussite, nous n'avons pas besoin de notre silence, mais de notre vigilance éclairée et force de proposition. Le Bénin de l'après-vote est en marche, et il a besoin de chacun de ses actionnaires civiques. C'est le moment.

 

 Jacob TOHIGBE, Juriste, Consultant en communication politique et Affaires Publiques